Lacérer le silence
où s'écrie le poème
à la mise en perce
du sens caché
Recueillir le verbe
boire ce vin précieux
papilles à vif
papillon de l'âme...
Ménaché, in la revue Coup de soleil n°83, d'octobre 2011.
Anthologie des écrits des poètes sur eux-même et sur leur art : sorte d'introspection poétique.
Ils disent que le poème n’est pas censé exprimer quoi que ce soit
Dans le grand intestin du monde, les hâbleurs hantent les tréteaux
Joie du tract
On en a parlé à la radio
Les vrais situs s’y sont tués
Refusant de faire de l’avant-garde
L’antichambre de tous les conformismes
Des kokos clowns frileux dépècent de vieux manuels de rhétorique
Dans un mépris infini du public, de la culture populaire
Qu’ils feignent de confondre, en poujadistes triés sur le volet,
Avec la vulgarité
Tout chant serait pompier
Voici venu l’épate bourgeois tendance bobo
Etonnant ce qu’ils répugnent à mettre des majuscules en début de vers
J’attends Guillevic sur un quai de gare
Il faut continuer dans l’art, non dans le charcutage de l’humanisme
Aimer America d’Allen Ginsberg
Se trouve-t-il dans ce pays, non seulement un poète, mais encore un homme
Pour dénoncer avec pertinence ceux qui nous font croire au purgatoire
Pour mieux protéger leurs paradis fiscaux ?
Leçon de poésie

Recette de poésie
Chasse poétique
Thanàssis Hadzopoulos dit de la poésie qu’elle est « la pensée des sensations » et écrit :
PASSAGE SECRET
Experts en objets anciens. Ils tâtent, ils scrutent, ils flairent l’objet et le temps qu’il porte en lui. Les secrets de fabrication, le sceau de l’époque, le style et l’art. C’est dans le même souci de faire exister que le poète va toucher ce qui paraît dénué d’importance. Le mur qui brusquement lui barre la route. Comme s’il cherchait le mécanisme invisible qui, s’il le touche, même par hasard, ouvre un passage secret, l’entrée d’un escalier obscur menant à un souterrain qui débouche dehors. Ou comme s’il cherchait la ligne qui lors du séisme s’ouvrira en crevasse. Le déplacement des plaques tectoniques, la profondeur de champ et la distance de l’épicentre détermineront le degré d’ouverture. Une traversée, autrement dit, qui comme l’amour va réveiller la vie tandis qu’apparaîtra au sommet du désastre, telle une fleur, le poème.
CLAIRE JOURNÉE *
Roseaux, colle, ficelle. Une armature aux jointures solides. Les contrepoids, leurs symétries de triangles et de pyramides. La pelote de ficelle. Et la queue, ses bouts de papier, de toile : le papier seul ne donne pas le poids, la stabilité nécessaires, mais accroît dangereusement la longueur. La tête, les bras levés puis, dès le bon coup de brise, l’envol. Plus tard, le cerf-volant très haut a trouvé le bon air. Et l’équilibre, si tout, les contrepoids, la queue, sont en harmonie. Même si l’on coupe la ficelle qui le tient, le poème reste là-haut soutenu par les vents, produit de l’équilibre des forces. Il ne fait qu’un avec le temps et vogue tel un cerf-volant, signe d’une claire journée de vie, à l’infini. Vol éternel – bien avant celui, perpétuel, des satellites. Corps céleste en deçà de la stratosphère.
* Traduit du grec par Michel Volkovitch
Thanàssis Hadzopoulos (1960- ), in la revue Europe n°875, de mars 2002.
Adrian Miatlev (1910-1964), in Le sacrement du divorce, Ed. Gallimard, 1960.

Mohammed Dib (1920-2003), in revue Europe n°875, de mars 2002.
